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Bilan de la mission à CIWY Bolivie

Notre mission pour CIWY étant terminée, il est temps d’en faire le bilan.

Quand nous avons préparé notre tour du monde en écovolontariat, nous avions décidé de rejoindre CIWY et plus précisément le Parque Ambue Ari pour travailler avec des félins (puma, jaguar, Ocelot,…) car nous étions très curieux de la technique et du travail mis en place là-bas. Il s’agit de permettre aux félins de sortir de leur enclos pendant quelques heures tous les jours guidés par des bénévoles sur des trails au milieu de la jungle. Ces marches semblent être un formidable enrichissement pour ces animaux qui peuvent évoluer parfois dans leur milieu naturel. De plus nous avions vu un reportage sur CIWY parlant de son travail et son implication pour sortir des enfants des rues et leur trouver progressivement un emploi en travaillant au sein de l’association avec les animaux.

Le centre imprègne certains félins :
A notre arrivée au camp, nous avons pu lire les histoires de certains des félins du centre. Certains avaient eu, certes, une mauvaise vie, mais n’étaient pas des animaux domestiques auparavant. Le travail du centre et des bénévoles a fait que désormais ces félins sont des animaux imprégnés, demandant de l’attention, de l’affection, des caresses, et déprimant s’ils n’en ont plus. Certes les animaux sont bien traités et soignés et ils ne sont pas (pour la plupart) dans des petits enclos, mais influencer leur comportement pour qu’ils soient plus familiers avec les humains et dépendants d’eux est contre nos principes, et loin de notre idée d’un centre de faune sauvage.

Les arguments du Staff :

Nous avons donc essayé d’en savoir un peu plus en rencontrant le staff pour leur donner notre point de vue et avoir des explications.

Les débuts de la marche avec des félins :

Le centre a commencé à faire ce travail avec les grands félins il y a environ 20 ans car l’un de leur pensionnaire avait beaucoup de mal à se déplacer. Un physiothérapeute a donc  travaillé plus de 6 mois pour essayer de le soigner. Il a commencé à marcher avec à l’extérieur de sa cage car à l’époque le centre ne pouvait offrir un plus grand enclos à l’animal. Ces marches à l’extérieur ont eu un effet positif.
Du coup, le centre a décidé de faire cela pour la plupart des félins qu’ils avaient, même s’ils n’avaient pas forcément de problème de locomotion.
Les félins sont donc maintenant entraînés à être dociles et marcher avec des bénévoles.
Ces explications ne nous ont pas fait changer d’avis sur le fait qu’ils imprégnaient et rendaient des animaux dépendants de l’affection des humains alors qu’ils ne l’étaient pas au départ.

Un manque d’étude scientifique sur leur pratique inédite :

Cela fait donc maintenant 20 ans que le centre fait ça, mais il n’a jamais cherché à améliorer son travail. Lorsqu’on leur demande s’ils ont eu l’avis de scientifiques sur cette technique, nous avons cette réponse : « les scientifiques ne sont jamais d’accord entre eux. Nous faisons ça depuis 20 ans. Donc si un scientifique vient me donner son avis, si c’est bien ou non, il n’aura pas de valeur à nos yeux« . Argument un peu léger pour moi!

Les félins du centre réclament donc de l’affection de la part des bénévoles. Mais qu’en est-il quand nous ne sommes pas là ? Car oui nous ne passons pas toute la journée avec eux et un jour par semaine nous n’allons pas les voir. Ils ont un jour de jeûne correspondant au day off des bénévoles ! Quel comportement ont-ils durant cette période de solitude ? Sont-ils déprimés ? Stéréotypent-ils dans leurs enclos ? Le staff n’a pas su nous répondre.
En 20 ans, aucune étude ne semble avoir été faite là-dessus. Ils ne savent donc pas les conséquences que cette « domestication » a sur les félins.

Les félins sont gérés quotidiennement uniquement par des bénévoles :

Certains bénévoles du centre sont là car ils voulaient faire du bénévolat avec les animaux et n’avaient donc pas d’apriori sur le centre. Certains sont là pour faire leur travail correctement. Mais on a l’impression que certains bénévoles sont là pour relever un challenge et qu’en faisant cela ils sont les rois de jungle. On a l’impression qu’ils font plus cela pour leur image, parce que c’est « fun » plutôt que pour le bien des animaux.

Nombreux sont ceux qui restent plusieurs mois d’affilée, viennent plusieurs années de suite. Alors certes ils connaissent très bien le travail avec les animaux du centre mais quand on commence à leur poser des questions un peu plus poussées sur ces animaux, on se rend compte qu’ils ne connaissent finalement pas grand-chose sur les espèces animales et ne semblent pas vraiment être conscients que oui malgré tout il y a toujours des risques potentiels avec ces animaux.

Le travail des bénévoles n’est jamais contrôlé par le staff. C’est un bénévole qui apprend à un autre bénévole qui a appris d’un autre bénévole… Pour un travail comme celui-ci. Le staff devrait vérifier davantage.
Alors oui il y a une série de petites questions au bout d’une semaine pour savoir si on a bien lu les documents. Un contrôle sur le terrain serait plus adéquat selon moi.

Quand un animal a un problème comportemental, la faute est ensuite facilement jetée sur les bénévoles. Par exemple, l’un des pumas avec lequel travaillait Maude aimait par le passé se baigner à son point d’eau durant sa balade. Mais dans le document il est écrit, « comme les bénévoles ne voulaient pas le faire, le puma ne veut plus y aller. Incitez la à y retourner! »

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(photo d’un ancien volontaire)

Un manque de professionnalisme de la part du staff :

Les coordinateurs du camp ne sont pas des professionnels. Ils sont là car ils viennent depuis plusieurs années comme bénévoles et connaissent la « maison » mais on ne se sent pas à l’aise avec eux et pas en sécurité au vu des décisions qu’ils prennent.

La coordinatrice des volontaires par exemple pense souvent d’abord aux animaux et après à ses bénévoles. Si une personne est blessée ou malade sa première inquiétude c’est qu’il n’arrête pas le travail avec les animaux. Alors oui il faut penser aux animaux mais le travail d’un coordinateur des bénévoles c’est de s’occuper des bénévoles !

Le camp a accueilli un chien pour monter la garde le soir et quand personne n’est au camp, ce qui est très bien. Mais ce chien a dû, lui aussi, avoir un passé trouble avant d’arriver ici.
Plusieurs fois par jour des membres du staff ou des bénévoles qui le connaissent très bien le baladent dans le camp. Cependant, par 2 fois il a tenté de mordre des bénévoles et la troisième fois il n’a pas loupé.
Maude a tout de suite réagi et a fait les premiers secours pendant que quelqu’un allait chercher un responsable qui s’est contenté de regarder Maude faire et éventer un peu la bénévole en état de choc. De plus le responsable n’a pas voulu réveiller la coordinatrice des volontaires ou même la vétérinaire (la seule personne du camp qualifiée pour ces moments).
Et le soir, le chien continuait de se promener tout seul dans le camp. Le lendemain, aucune annonce n’a été faite durant le meeting et aucune décision n’a été prise pour éviter un nouvel incident.

Il est demandé aux bénévoles de rester le plus longtemps possible avec les félins et le soir de ne les quitter que vers 17h30 – 17h45. Mais quand on sait que pour certains bénévoles il y a une bonne demi-heure de marche entre l’enclos et le camp, à marcher dans la jungle et une partie sur la route (où on nous rappelle souvent que les routiers et automobilistes peuvent être dangereux) et qu’il fait nuit à 18h. Ce n’est encore une fois pas penser du tout aux bénévoles !

Il est également demandé aux bénévoles de prendre un téléphone à chaque fois que nous partons à un enclos, mais il n’est pas rare que le staff ne rappelle qu’après plus de 30 minutes. Alors il n’y a eu aucune urgence le temps de notre séjour, mais quand sera-t-il le jour où un bénévole sera confronté à un gros problème ?

Tous ces points sont très loin de nos valeurs et de notre souhait de promouvoir l’écovolontariat. Nous avons donc pris une décision radicale. Nous avons décidé de quitter cette mission avant la fin du mois.

Nous ne nous voyons pas continuer à caresser quotidiennement les animaux… Nous préférons ne pas perdre notre temps. Nous n’avons qu’une vie ! Alors nous allons plutôt prendre le large et visiter un peu les trésors de la Bolivie et rencontrer les populations locales au mode de vie encore traditionnel qui vivent au plus près de la nature.

J’espère que vous comprendrez notre décision !

Cela dit il y a quelques points positifs :

  • Le centre a tout de même le mérite d’avoir mis en place des protocoles très stricts et bien définis en fonction de chaque individu. Il y a une procédure bien particulière avec chaque félin en fonction de son caractère, ses préférences,… De plus, les volontaires ont énormément de choses à lire à leur arrivée (règles et protocoles, présentation de ses félins,…).
  • CIWY à acheté la forêt où ils sont implantés, ce qui en fait un espace totalement protégé.
  • L’interdiction de prendre des photos et de partager des « mauvais » comportements sur le net.
  • Les enclos sont construits dans la jungle et sont relativement éloignés les uns des autres pour éviter aux félins de se perturber les uns les autres.
  • Interdiction d’aller voir les félins dont on ne s’occupe pas.          

En conclusion :

Cet article vous fera peut-être penser que je souhaite cracher ma bile sur le camp et leur travail. Je tiens donc à préciser que ceci n’est que mon opinion, il y en a sûrement des différentes.  Je tiens également à rappeler que nous avons souhaité mettre un an de notre vie entre parenthèses pour promouvoir le volontariat et aider la faune sauvage. Mais pour moi, ce centre n’est pas une bonne façon de promouvoir l’écovolontariat et le travail de protection des animaux. Il renvoie l’image que même les animaux les plus dangereux peuvent être apprivoisés.

Alors que le trafic d’animaux sauvages comme animaux de compagnie est l’une des principales causes de la disparition des espèces animales, le centre propose aux volontaires de travailler avec des animaux sauvages après les avoir apprivoisés !

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  1. Lyliane

    Comme vous je pense que les animaux sauvages ne sont pas des animaux domestiques, on en voit trop dans les cirques, la façon dont ils sont traités (très bien certes) dans ce refuge ne donne en effet pas une bonne image, ce ne sont pas de simples « petits chats »….
    Je pense que votre décision est compréhensible.
    Bon courage pour la suite.
    Gros bisous

  2. Xavier

    Les mauvais exemples sont instructifs. Cette expérience plutôt décevante contribue à montrer la dérive possible entre les bonnes intentions et leur traduction sur le terrain. La diversité de vos missions va vous permettre de faire la part des choses entre les projets réussis et ceux qui font illusion. D’évidence, une initiative qui s’affranchit d’une démarche réfléchie, rigoureuse et pluridisciplinaire ne sert pas la cause de la Nature. L’écologie ne consiste pas à se promener avec une pâquerette entre les dents, c’est une science à part entière. Vous allez revenir riches de tous ces enseignements.
    Prenez un peu de bon temps, vous l’avez mérité, et vos rencontres aux quatre coins du monde vont vous offrir d’autres savoirs.

    • Fabrice

      Oui, malgré cette « mauvaise » expérience, nous aurons appris quelques petites choses tout de même. Nous savions avant ce voyage que nous aurions des déceptions durant nos missions mais nous faisons tout cela pour témoigner de ce qui peut se passer dans les centres et autres écovolontariats et évidemment tout n’est pas forcément rose.
      Nous avons profité de départ précipité pour visiter un peu la Bolivie et découvrir ses riches. Les articles devraient suivre bientôt !

  3. Vous avez sûrement pris une bonne décision ! Même si plein de choses restent bien dans ce centre, il faut bien que certaines personnes soulignent les points qui ne vont pas pour qu’il y ait du progrès un jour…
    Profitez donc du pays, ça doit être merveilleux !

    • Maude

      Cette décision était aussi personnelle, nous nous sentions pas dans le même délire que le staff et les volontaires… (A part quelques une heureusement =))
      Oué on a profité c’était coooool !!! ^^

  4. Dur de bien faire….Ont ils les moyens ???
    Oui il est vraiment nécessaire que les animaux restent « sauvages »….
    J’espère que vous garderez quand même de bons souvenirs,, même si vous n’êtes pas d’accord avec leur façon de faire.
    Bonne fin de séjour dans ce pays
    Bisous

    • Fabrice

      Certes, le centre a très peu de moyens et fonctionne seulement grâce à la présence des volontaires. Pour autant ce n’est pas pour cela qu’ils doivent considérer des animaux sauvages comme des animaux domestiques.
      Nous avons tout de même quelques bons souvenirs, notamment une balade à 8 en taxi ^^

  5. Lionel

    Je comprends votre choix.
    Je suis triste que votre sagesse n’est pue ébranler les convictions archaïques du Staff.
    Je me plais à espérer que votre intégrité a quand même pu fissurer leur routine et que d’autres volontaires contribueront à leur tour à une évolution; pour peu que vos publications soient relayées à grandes échelles .
    Pour au-temps reste t’il encore en Bolivie un endroit où les grands félins puissent vivre en liberté ???
    Bravo pour votre détermination à toujours prodiguer les bons comportements…
    Longue vie à vous!

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