Je vous parle du refuge, des animaux, des activités de l’association mais vous allez dire « euh Fabrice, tu es bien là-bas pour compter les oiseaux ? Alors ça donne quoi ? » okay je vais vous en parler.

Si vous vous souvenez bien, j’avais dit dans un précédent article qu’il me faudrait un petit temps d’adaptation pour retrouver mon chemin afin de rejoindre la réserve. Finalement, au bout de quelques jours et après m’être perdu une fois, c’est bon je connais le chemin. « On passe devant les lions, qui te regardent et te suivent comme s’ils te chassaient, tu tournes deux fois à la première à droite, tu continues et on y est. Enfin presque, il reste juste à traverser une petite plaine déserte ».

Ne connaissant pas le secteur, j’ai dû l’étudier et le parcourir dans un premier temps. Cela m’a permis d’identifier les principaux sites à recenser et voir quelles techniques mettre en place. Ici, je me suis principalement consacré aux oiseaux marins et côtiers, tels que les goélands, les échassiers, les limicoles,… mais également les rapaces qui peuvent profiter de ce secteur.  Cependant, je note tout de même la présence d’autres espèces.

Afin de recenser au mieux les espèces profitant du site, notamment pour l’alimentation, j’ai donc délimité différents points de comptage sur les oueds et la mangrove et également des transects côtiers. Pour ces derniers, il s’agit tout simplement de marcher le long de la plage, et environ tous les 100 mètres, je m’arrête pour compter les oiseaux présents sur ce point. Seulement je dois me délimiter une certaine zone. Je me positionne donc face à la mer, et recense les individus présents dans un angle de 90°. Ainsi j’ai un recensement assez exhaustif des individus. De plus, pour éviter un double comptage, je ne compte pas les oiseaux provenant du côté où je suis déjà passé.

Enfin, la dernière étude menée est une étude de dérangement. La volonté de DECAN est de créer une aire ornithologique, qui pourrait être visitée par le public. Ma mission est de déterminer les meilleurs endroits sur la réserve pour la construction de postes d’observation, mais en générant peu ou pas de dérangement pour les oiseaux.

L’oued Douda serait parfait, vu le nombre d’espèces et d’oiseaux qui viennent s’y alimenter à marée basse. Seulement, par sa proximité avec l’aéroport international de Djibouti et la base militaire, de nombreux avions passent à ce niveau. Pendant une semaine, 4 à 5 heures par jour, je vais noter le maximum d’informations liées à ces passages, tel que l’heure de passage, la direction, le bruit de l’avion. En ce qui concerne les oiseaux, je note leur réaction : aucune réaction, cris d’alarme, fuite, distance de fuite, le groupe d’oiseaux (limicoles, échassiers,…) ainsi que le nombre.

J’espère ainsi recueillir le maximum d’informations. Il serait dommage de bâtir un observatoire si les oiseaux ne peuvent être observés par les visiteurs.

Alors oui, un mois pour faire ces études c’est plutôt court mais ça permet tout de même d’avoir une bonne représentation des espèces et des effectifs présents à cette période ainsi que des espaces occupés. D’autant plus que d’autres  écovolontaires vont suivre et continuer l’étude (et en mettre en place de nouvelles).

Malheureusement, de nombreuses activités entravent la protection et la bonne gestion de ce site, comme un camp sauvage, qui se veut éco-touristique (ce qui est faux), le pâturage, qui détruit la flore, le prélèvement de sable et des camions citernes qui relâchent dans les oueds les boues de station d’épuration (pas celle qui est à proximité de la RND, qui est respectueuse). C’est sur ces deux dernières actions que je peux agir.

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Camp « éco-touristique »

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Camp « éco-touristique »

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Sacs de sable déposés par le « propriétaire » du camp afin de bloquer l’eau de l’oued Damerjog

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A plusieurs reprises, j’ai eu à bloquer les camions qui venaient prélever le sable ou  relâcher ces boues, ou bien les faire partir quand ils étaient en pleine action en les menaçant d’aller à la police (une bonne technique est de dire que je filme tout avec la longue-vue).

Cette mission est assez délicate. En effet, je ne suis pas chez moi, ce n’est pas mon pays, et ceux qui font ça, sont juste les employés, faisant ce que le patron leur ordonne. Mais c’est tout de même une zone protégée (décret de la République de Djibouti) et un site fabuleux.

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