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Règles pour travailler avec les félins à CIWY Bolivie

Malgré l’aspect critiquable du travail avec les félins au CIWY et malgré le fait que le comportement des bénévoles ne soit pas contrôlé par des professionnels sur le terrain, il y a tout de même une grande réglementation et un protocole précis quand il s’agit de travailler avec les félins.

Voici donc un résumé des principes de travail avec les félins au Parque Ambue Ari de CIWY.

Des félins non relâchables:

Beaucoup de félins du centre ne sont pas relâchables car ils ont des problèmes de santé suite à des accidents ou de la maltraitance. Ils seront dépendants des soins toute leur vie et ne pourront jamais survivre à l’état sauvage.
De plus, il faut savoir que les animaux comme les félins sont très complexes à relâcher. Et ce pour plusieurs raisons :

  • ce sont des animaux potentiellement très dangereux : ils ont souvent trop côtoyé les humains. Soit ils en ont tellement peur que leur comportement est imprévisible et dangereux, soit ils ont un comportement d’animaux de compagnie et n’ont aucune peur des hommes, ce qui est un problème car ils risquent de s’approcher des villages et du bétail pour se nourrir.
    De plus, le gouvernement bolivien (comme beaucoup d’autres) est souvent réticent à l’idée de relâcher des fauves en milieu sauvage.
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Juancho, le jaguar dont s’occupe Fabrice a perdu la vue et l’odorat. Il est impossible pour lui d’être relâché… (photo d’un ancien volontaire)

  • Ce sont des animaux territoriaux : ils ont besoin de beaucoup de place, et d’un grand territoire de chasse. La déforestation actuelle fait qu’il est très difficile de trouver un lieu protégé qui n’est pas déjà le territoire d’un grand félin pour réintroduire des animaux secourus…
  • Ce sont des chasseurs : les félins ont beaucoup à apprendre de leur mère avant de pouvoir se nourrir seuls. Chasser par eux même n’est pas une chose si facile…
  • A CIWY, les félins ne sont pas la propriété de l’association mais celle du gouvernement ou des zoos qui ont confié à l’organisme la charge de s’en occuper. On ne peut donc pas décider de leur relâcher.

Ou vivent les félins de CIWY ?

CIWY a plusieurs bases. Le Parque Ambue Ari en est une. C’est ici qu’il y a la majeure partie des félins et c’est ici que nous avons fait notre mission. C’est un immense terrain de jungle totalement privé au milieu d’un pays en grande partie déforesté. C’est dans ce morceau de jungle où de nombreux animaux sauvages trouvent refuge (pumas, jaguars, perroquets, singes…) que se trouvent les enclos des grands félins et leurs trails.

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Wayra, un puma dont je m’occupe, sur un abri le long de son trail. Elle parait toute petite dans l’immensité de la forêt…

Les enclos (sauf exception mais en court de changement) sont assez grands : environ 20m sur 40m, et ils englobent en leur sein un petit morceau de jungle.

Autour de ces enclos se trouve, pour les félins qu’il est possible promener, un réseau de trails. Il faut facilement 40 minutes (ou plus) de marche pour parcourir chacun de ces chemins.

Les enclos sont très loin les uns des autres et les trails ne s’approchent pas de ceux d’un autre félin du centre. Ainsi les animaux ne se côtoient jamais, et peuvent se sentir comme sur leur territoire.

Nous ne rencontrons que les animaux dont on s’occupe

CYWI interdit formellement aux volontaires de rencontrer les animaux dont ils ne s’occupent pas. Ceci afin d’éviter que le centre prenne l’aspect d’un zoo. Mais également pour respecter la tranquillité des animaux et faire en sorte que les animaux ne voient que les personnes qui sont amenées à s’occuper d’eux. Cela permet de créer une plus grande relation de confiance entre le volontaire et l’animal.
C’est pourquoi, comme on ne m’a confié que la charge de pumas, je n’ai jamais vu un jaguar, un ocelot, au centre…

Cela dit, à la fin de la mission de volontariat, l’association propose aux volontaires de visiter un ou deux animaux pour le remercier. Mais c’est en moyennant finance malgré tout !

Le temps de travail avec un même félin

Selon le félin mais aussi le caractère de la personne, il faut entre 1 semaine et 3 semaines de travail pour réussir à instaurer un climat de confiance entre le volontaire et l’animal. Généralement un peu plus pour les jaguars. C’est pourquoi, on ne peut avoir la responsabilité d’un félin qu’en restant un mois minimum.
Le temps maximum de travail avec un félin est de 3 mois. Dépassé ce temps, la relation devient trop importante et au départ du volontaire, la personne suivante aura beaucoup de mal à se faire accepter. Le félin pourra même éventuellement faire une dépression…

Pourquoi la marche avec le félin ?

CIWY a pour principe d’essayer de proposer à chacun de ses félins des sorties hors de sa cage. On le tente, si cela n’est pas possible pour x raison pour l’animal, on abandonne mais on propose quand même au félin d’avoir la compagnie régulière de bénévoles.

Quand il sort, l’animal a la possibilité de parcourir ses trails, de côtoyer d’autres animaux sauvages de son milieu naturel, de sentir des proies, de marquer son territoire, de faire de l’exercice…
Les sorties sont un formidable moyen d’éveil des sens pour l’animal.
(Cela dit nous ne savons pas le niveau de frustration que cela implique quand le félin est dans son enclos en l’absence du bénévole…)

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Tupac le puma dont s’occupe Fabrice fait toujours ses griffes sur le même tronc sur son trail ! (photo d’un ancien volontaire)

Règles générales pour travailler avec un félin

Il existe de nombreuses règles et un protocole très complet pour travailler avec les grands félins à CIWY. Voici donc les règles théoriques de management avec un félin à CIWY :

  • Avant tout, il ne faut pas porter des vêtements avec l’odeur d’un autre animal, si le volontaire s’occupe d’autres animaux, il doit avoir autant de tenues que d’animaux et se changer entre chacun.
  • Avant d’arriver à l’enclos de l’animal il faut annoncer sa présence en lui disant bonjour et en criant son nom pour ne pas qu’il s’inquiète de ce qui approche.
  • Une fois à l’enclos, il faut dire bonjour à l’animal. Les félins dans ces cas-là ont tendance à se frotter la tête au grillage. Il faut leur répondre en leur grattant la tête et le cou, et les appeler pour qu’ils nous lèchent en mettant les mains à travers le grillage. (Personnellement, nous avons toujours été réticents à passer toute la main à travers le grillage car cela peut être dangereux de se retrouver la main coincée dans le grillage d’un prédateur. Nous nous sommes généralement contentés de quelques gratouilles quand ils étaient collés au grillage.)
  • Le repas de l’animal est la dernière action à faire lors de la visite d’un félin. Il ne faut jamais le nourrir avant la promenade. Une fois nourri l’animal a plutôt tendance à dormir et n’est plus très enclin à une sortie. De plus, l’arrivée des volontaires doit certes être associée à un moment positif mais pas au repas. Et pour finir, la perspective de manger est une bonne motivation pour l’animal à retourner dans son enclos et terminer la balade.

 

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Wayra, la femelle puma dont je m’occupe le matin n’est pas du tout possessive avec la nourriture. Pour la nourrir il faut donc directement aller dans son enclos avec elle pour lui déposer son repas sur la plateforme. Aujourd’hui c’est soupe, cela permet que l’animal s’hydrate en mangeant malgré l’absence de sang dans la viande…

 

  • Il est obligatoire de donner de l’affection quand l’animal en demande et jusqu’à ce qu’il arrête d’en réclamer. Il ne faut jamais donner de l’affection si l’animal n’en demande pas (cette règle est loin d’être respectée par tous).
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Wayra vient me sentir et lécher rapidement la main. Si elle passe ou s’installe près de nous c’est souvent un moment d’affection. Une façon d’être polie pour demander en quelques sorte « hey je passe par là, tu acceptes ? »…

  • Avec ou sans laisse, il ne faut généralement jamais pas approcher l’animal, c’est lui qui décide de s’approcher.
  • Il ne faut jamais laisser l’animal jouer avec son corps, une partie de son corps (comme la main), un objet artificiel (bouteille, sangle de sac, vêtement,…). Les jeux sont permis uniquement avec des matériaux naturels et ce afin d’éviter les intoxications de l’animal mais également éviter les accidents. L’animal ne doit pas avoir l’habitude de prendre les volontaires pour cible pendant des instants de jeu car cela pourrait dégénérer.
  • Interdit de tourner le dos ou de se baisser près d’un félin. Celui-ci risquerait de nous sauter dessus instinctivement.
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Certains volontaires ne respectent pas ces règles. Ils viennent et se baissent pour caresser les animaux sans que ceux-ci n’aient réclamé quoi que ce soit. (photo d’un ancien volontaire)

  • Interdit au félin de sauter sur les gens. S’il le fait, il faut l’arrêter tout de suite en disant « no mas » et en le repoussant. Il y a cela dit des exceptions, notamment un jaguar qui a le droit de sauter maximum 3 fois par jour sur les volontaires (normal c’est un jaguar, cela n’est pas dangereux !) !

La marche avec un félin

C’est un moment particulier qui demande beaucoup d’attention et de concentration. C’est pourquoi il est souvent interdit de prendre des photos et des vidéos des félins.

La relation établie entre le volontaire et le félin est assez paradoxale. Elle se doit de ne pas être un rapport de dominant-dominé. La balade est avant tout le moment du félin. C’est lui qui fait ses choix et en même temps le félin doit se plier à certaines règles que lui rappelle le bénévole. C’est assez complexe comme équilibre et je ne suis pas sûre qu’il soit si simple à trouver du côté du volontaire mais aussi du côté félin…

  • Le félin ne sort jamais de son enclos sans être clippé à une laisse.
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Photo de Wayra au moment du clippage de la laisse au collier. Moment qu’elle déteste tout particulièrement !

  • L’autre bout de la laisse doit toujours être clippé à la ceinture d’un bénévole ou à un runner (corde tendue entre 2 arbres)
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Wayra sur son runner

  • Pour marcher avec son félin il est obligatoire d’avoir un téléphone en cas d’urgence (ceux-ci marchent plus ou moins bien et il n’y a pas toujours quelqu’un du centre pour répondre aux appels, mais bon !), un couteau, une lampe, une ceinture de corde pour accrocher la laisse à soi et une laisse de rechange.
  • Lors de la marche il faut parler à l’animal pour qu’il n’oublie pas notre présence et qu’il sache si ses actions sont bonnes ou mauvaises. (Sauf exception pour certains félins)
  • Il ne faut pas suivre le félin de trop près pour lui laisser de l’espace. Mais il ne faut pas le suivre de trop loin au risque de ne pas avoir le temps de réagir s’il y a un imprévu… Il faut toujours garder une certaine tension dans la laisse pour pouvoir réagir mais pas trop de tension quand même pour le laisser libre.
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Tupac marche avec deux laisses… On ne sait jamais… (photo d’un ancien volontaire)

  • La laisse doit être tenue assez haute pour ne pas gêner la marche de l’animal mais ne doit pas taper trop son flanc au risque de l’agacer.
  • Le félin a le droit de quitter le sentier sur la longueur de la laisse. Le volontaire, lui, ne sort jamais du sentier.
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Ici le puma est sorti du sentier mais le volontaire est resté sur le chemin. (photo d’un ancien volontaire)

  • Le félin n’a pas le droit de faire demi-tour. S’il choisit un sentier, il l’emprunte jusqu’au bout.
  • Le félin choisit le sentier qu’il souhaite prendre parmi le panel qui lui est réservé. Il choisit également le rythme de la marche. Si il veut s’arrêter 4h pour dormir dans un buisson il le peut. Le volontaire doit rester debout (au risque de se faire sauter dessus s’il s’assoit). Le félin choisit s’il veut sortir de son enclos aujourd’hui ou pas, s’il veut prendre un court sentier ou un long. C’est lui qui décide quand rentrer dans son enclos en empruntant un sentier de retour.
  • Si le félin veut attraper un animal, il faut effrayer l’animal pour qu’il s’enfuit avant, freiner le félin s’il se met à galoper (en même temps on ne peut pas courir aussi vite que lui donc on le freine de toute façon !)
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Un petit dessin qui illustre un moment intense avec les sisters. Yassi a essayé d’attraper une mère coati. Voulant défendre son petit, elle ne s’enfuyait pas ! Que d’émotion et que de tension dans la laisse !

  • Si le félin attrape un animal, il ne faut pas lui reprendre tant qu’il ne s’en est pas désintéressé. Il est possible d’essayer de le distraire en le faisant jouer avec autre chose…
  • Le félin n’a pas le droit de sauter sur les gens. S’il fait mine de vouloir le faire, il faut approcher un maximum de lui pour ne pas lui laisser d’élan et mettre le pied sur la laisse pour arrêter son mouvement.
  • En cas d’une action interdite de la part du félin, on ne peut que tendre la corde pour l’arrêter mais ne pas la tirer pour le tirer en arrière. Le mot clé pour lui signifier d’arrêter c’est « no mas ».

 

 

Voici donc les règles générales quant au management des félins. A noter que chaque félin a aussi son passé et son caractère et que chaque individu a un classeur de règles d’un kilogramme sur la façon spécifique de s’occuper de lui.

Le travail avec les félins de CIWY et très réglementé mais pas très contrôlé. Dans la théorie cela semble très sérieux mais dans la pratique ce sont des volontaires qui apprennent à des volontaires qui apprendront à d’autres volontaires. Il y a donc des informations qui se perdent et se déforment. De plus, les volontaires étant seuls au milieu de la jungle, ils se donnent parfois le droit de ne pas suivre certaines règles ce qui a parfois des conséquences durables sur le comportement de l’animal.

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Avec Wayra sur un runner, je n’ai jamais appris à prendre la corde d’urgence et mon volontaire formateur non plus. Un jour en discutant avec un responsable, on a appris qu’il fallait toujours l’avoir sur soi. Le jour suivant mon coéquipier a pris la corde en bandoulière selon le protocole mais ça ne plaisait pas à Wayra. Cela lui était étranger ou lui rappelait un mauvais souvenir. Résultat : pour faire comprendre à mon coéquipier que quelque chose clochait, elle lui a sauté dessus par deux fois !

Quoi qu’il en soit, même avec les meilleures intentions du monde, travailler de cette façon avec un félin est très difficile. Il n’est pas simple pour le volontaire, mais aussi le félin de trouver un équilibre relationnel. Le volontaire n’a souvent aucune expérience de management animal, et le félin quant à lui doit s’adapter à un nouveau caractère et une nouvelle façon de voir les choses de son humain… l’harmonie, si elle existe, est loin d’être simple à trouver

Vous remarquerez que beaucoup de photos ne viennent pas de nous. C’est normal, l’utilisation de l’appareil photo et de la caméra est très réglementée avec les félins de CIWY. Il faut garder toute son attention sur son animal quand il est sorti, et l’appareil risquerait de diminuer la concentration du volontaire. Nous trouvons que cette règle est justifiée car elle assure la sécurité de tous et évite que trop de photos « dégradantes » pour les animaux circulent sur l’internet.

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  1. Lyliane

    En effet beaucoup de contraintes pour s’occuper des félins, pas simples à suivre selon le caractère de chaque animal… Une nouvelle expérience à votre actif…
    Gros bisous à tous les 2.

  2. Que de contraintes pour le bien de ces petites bêtes et pour votre sécurité….Que de boulot aussi
    Bravo à vous pour cette mission… Bisous

  3. Lionel

    Vous avez du vivre de grands frissons…
    Vous m’avez bien fait frissonner aussi…
    Contant que vous vous en soyez sortie…
    Mais évidement très triste pour les Minous qui eux n’en ressortiront pas…
    Les félins vous font « Patte Patte » pour vous remercier, même s’ils sont frustrés que vous n’ayez pas pu mieux les aider quand à leurs devenir…
    Grosses Léchouilles Rapeuses !!!

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